A tous ceux qui gonflent leur voile au vent de l’opinion

Publié le par blogduconseiller

Vous êtes nombreux interroger mon silence récent, ses éventuelles significations et son échéance. La conjoncture, la situation de plusieurs entreprises que je conseille et la campagne présidentielle ont accaparé mon temps ces derniers jours. Il arrive aussi que la réalité n’ait pas besoin de conseil pour livrer son cours…

Mais à mon tour de faire un reproche à ceux qui « disent » l’opinion des Français. J’ai entendu nombre de mes amis journalistes, éditorialistes, patrons, communicants ou politiques blâmer François Hollande et les débuts ratés de sa campagne présidentielle. Les militants entonnent le chant du découragement, et les commentateurs celui de la défaite finalement annoncée. Quel manque d’originalité ! Et dans leurs plaintes contre le temps court de la vie, de l’action politique ou du cours de bourse, mes amis analystes ne se sont pas aperçu qu’ils concourraient eux-mêmes au règne du temps perdu.

 

Je tire quelques enseignements de la séquence politique ouverte par la négociation PS-EELV et refermée par le meurtre d’une adolescente en Haute-Loire.

 

1. François Hollande peut gagner l’élection présidentielle. Il le peut car il sait que le temps si long de cette campagne jouera naturellement en sa défaveur et que, assigné au « ministère de la parole », il doit veiller à épuiser rapidement ce qui doit l’être pour s’assurer un réveil gagnant dans l’opinion, plus tard, dans un duel direct face à Nicolas Sarkozy. Anticipant la décrue de ses intentions de vote, François Hollande sait qu’il doit perdre maintenant les suffrages que lui allouent provisoirement les enquêtes d’opinion. Les perdre en février, c’est manquer de dynamique au moment où Nicolas Sarkozy entrera en campagne. François Hollande tire ainsi un premier enseignement de la campagne de Ségolène Royal en 2006-2007.

Ce que l’on sait devoir perdre, il faut le sacrifier immédiatement. On ne porte pas de peau morte.

 

2. Organiser la confusion ne le discrédite pas non plus, mais à une condition : qu’il sache ouvrir et refermer ces séquences de flottement pour mieux incarner le chef d’une campagne et d’une équipe. C’est d’ailleurs ce qui le distingue provisoirement de Nicolas Sarkozy : il apparaît, comme lui, comme un homme d’Etat. Mais il n’apparaît pas encore comme un chef d’Etat.

 

3. Pour remédier rapidement  à cette situation hésitante, j’ai conseillé à François Hollande d’agir de deux manières : a) en suspendant la négociation ouverte avec EELV jusqu’au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. A défaut, François Hollande devra rapidement contraindre Martine Aubry à en expliquer la portée limitée devant l’opinion publique.

b) en limitant considérablement la partie publique de son équipe de campagne. La présentation de celle-ci doit permettre de faire immédiatement passer un message dans l’opinion : François Hollande sait choisir des femmes et des hommes nouveaux, modernes et expérimentés. Dix porte-parole thématiques, autant de femmes que d’hommes, de figures connues que de nouvelles têtes, devaient suffire. Le reste, c’est la cuisine. L’image produite a été l’inverse : 60 soldats sans commandement mais qui voulaient tous leur part de scène pendant la longue conférence de Pierre Moscovici.

 

4. Les élections générales organisées en Espagne dimanche 20 novembre livrent également plusieurs enseignements pour qui veut sentir aujourd’hui l’opinion publique dans les pays européens. Lassés par le bipartisme dominant du système parlementaire espagnol, les électeurs ont favorisé des partis marginaux qui s’octroient plus de 50 sièges dans la nouvelle assemblée qui en comptent 380. Lassés par l’expression politique nationale, les électeurs basques et catalans ont également plébiscité des mouvements régionalistes ou indépendantistes régionaux au sein du parlement national.

Enfin, et surtout, ennuyés par l’absence d’alternative dans l’organisation de nos sociétés, par l’urgence de la situation financière rencontrée par l’Etat espagnol et par une désillusion politique née du mouvement des Indignés, 3 Espagnols sur 10 se sont abstenus. C’est un événement inédit depuis la transition post-franquiste.

C’est, selon moi, le fait majeur de ce scrutin : l’expression politique est en train de trouver, en Europe, des voies alternatives qui ne passent pas par la représentation partisane classique.

 

C’est pourquoi je pense que le président élu le 6 mai en France le sera sur des bases électorales fragilisées tant par un écart serré avec son concurrent que par une participation inférieure à l’habitude. La conséquence, c’est un président moins légitime, ne jouissant pas d’une prime à la nouveauté ni d’un état de grâce durable.

 

Mais avant cela, les candidats devront avoir su parler à ceux qui ne veulent plus faire société.

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