Arnaud Dassier et les autres : l’amour dure quatre ans et demi

Publié le par blogduconseiller

Mes associés et concurrents savent que je jette un regard circonspect sur l’avènement au cours des dernières années d’une nouvelle caste de leaders d’opinion issus du monde digital, qu’ils soient « blogueurs influents » ou web-entrepreneurs. J’ai toujours constaté de mon côté qu'un édito dans un grand quotidien ou qu'une interview tendue et dense sur une radio nationale continuaient à davantage faire l'opinion qu’un relai par quelques personnalités au savoir-faire et à la réussite indéniables, mais à la compétence politique limitée. Cette limite fit d’ailleurs un jour leur force, puisqu’elle permit la rencontre et la lune de miel avec le candidat de la rupture en 2007. Rupture avec le monde d’avant, rupture avec les vieilles pratiques, rupture avec cette vieille France assistée et si peu 2.0. 

 

Et pourtant, la dernière semaine de l’année 2011 nous a montré que la lune de miel entre les net-entrepreneurs et leur ancien champion est bel et bien terminée. On a ainsi vu Arnaud Dassier régler leur compte à l'UMP et à Nicolas Sarkozy dans une violente interview sur le site internet de Libération (préféré à Atlantico pour cette occasion). Les mots sont durs, sans compromis, tels ceux d’un adolescent qui, après avoir trouvé formidable un beau-père moderne et un peu bling bling, découvrirait que ce dernier ne lui confie pas plus que son père biologique les clés du coupé sport.

 

J'ai contribué dès 2006 à solliciter pour le candidat Sarkozy quelques unes de ces nouvelles têtes du paysage médiatico-économique français. Ceux-ci partageaient d'ailleurs quelques points communs : des self-made men ne venant pas non plus de nulle part, des libéraux fascinés par le modèle américain et surtout, après les premiers contacts avec le candidat-séducteur, le vertige de ceux qui, un jour, se disent « je suis écouté, je suis influent » (je jouai d’ailleurs moi-même sur ce registre : « tu es incontournable, franchis le pas ! »).

 

Hélas ! Ils n'ont compris que trop tard qu'ils n'entrent pas dans le grand plan électoral du président pour 2012. L'enjeu n'est plus d'être le candidat de la rupture, de la modernité, du mouvement. L'internet sera un outil décisif, mais pas un axe ni même un sujet de la campagne (on parlera simplement du numérique, pour donner une dimension industrielle au sujet). Les initiatives récentes, « web party » à l’Elysée ou encore Conseil National du Numérique, apparaissent surtout comme des figures imposées au président par ses conseillers techniques. Nicolas Sarkozy, lui, fait de la politique. Il place ses hommes, il peaufine son entrée (sa non-entrée ?) en campagne, il se concentre sur l’essentiel : ce qui le fera gagner en mai.  Le parachutage de Claude Guéant à Boulogne-Billancourt est, à ce titre, la meilleure réponse aux interpellations numériques d’Arnaud Dassier.

 

La non-investiture de Dassier par l'UMP, parce qu’elle est un non-événement, est une information : la présidentielle se gagnera au corps à corps, par une pratique politique brutale, réduite à l’essentiel. C’en est fini du simulacre de la modernité, de l’ouverture dans toutes ses dimensions. 2012, c’est l’année des pros de la politique.

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