Libération, joker récurrent du plan média de l'Elysée - message à Vincent Giret

Publié le par blogduconseiller

Cher Vincent,

Je me permets ici de te tutoyer car nous nous connaissons bien depuis plusieurs années.

 

Cela peut arriver de se faire avoir. Le journalisme est un métier difficile, où la rigueur doit aussi parfois laisser la place à l'intution et la confiance que l'on accorde à ses sources. Je ne fais pas ce métier, je ne prétends pas juger qui que ce soit.


Simplement, après lecture de Libération hier matin, j'ai décroché mon téléphone pour appeler celui que j'identifiais comme la source de cette vraie-fausse fuite relative au mariage gay. Comme je m'y attendais, il n'a mis que trois secondes à admettre en être à l'origine, fier de "[s]es trois pages, Une incluse, dans le journal officiel de l'opposition". "Tu as vu comme ils ont marché?" m'a-t-il dit, hilare. Lui-même se disait surpris d'avoir vu Libération jouer sur la confusion union civile / mariage, qui est bien le coeur du sujet.

On voit bien le bénéfice, une fois de plus, pour le président-candidat : "je fais bouger les lignes, je suis un réformateur bridé par ma majorité et par les conservatismes de tout bord."

Il est pertinent que Libération soit aussi dans le plan média de l'Elysée.
Si mes souvenirs récents sont bons, après la résurgence de la taxe Tobin, cela fait deux fois de suite que l'Elysée "offre" à Libération un scoop traduisant la volonté de Nicolas Sarkozy de mordre à gauche.

Ce que je ne vois pas, ce sont les raisons de la promptitude de Libération à jouer le jeu. Ton éditorial d'hier, Vincent, loin d'être la revendication d'une liberté d'esprit, est au contraire la manifestation d'une inféodation aux stratégies de communication - parfois grossières, de l'Elysée. Ton édito commence ainsi : "A l'Elysée, un conseiller du prince désigne pudiquement cette idée-là comme un "sujet libé"... On ne saurait bouder son plaisir (...)".
J'imagine mal un éditorialiste du Figaro se vanter d'être le relais des fuites du PS sur ses propositions en matière de sécurité... Je ne vois pas ce que vous gagnez, toi et tes confrères de Libération, à accepter l'étiquette que les conseillers du président vous collent, et à jouer le rôle qu'ils veulent vous voir jouer.

Tu as certes obtenu une partie de l'effet probablement escompté : du buzz, un démenti de Valérie Pécresse, des réactions à gauche... Si c'est là l'ambition de Libération dans cette campagne présidentielle, très bien.

Ce scoop n'était pourtant pas une information. C'était un ballon d'essai un peu grossier, qui ne méritait pas tant d'honneurs, mais qui est devenu le sujet de société du jour, hier, grâce à Libération. Quel est le prochain?

Bien cordialement,

Le Conseiller

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