Non, Twitter ne va pas tuer le conseil en communication ! Réponse à Bruno Roger-Petit

Publié le par blogduconseiller

Je fais partie des milliers de lecteurs que compte le blog tenu par Bruno Roger-Petit, qui intervient comme « chroniqueur associé » au Nouvel Observateur. Je soutiens que ses analyses politiques dépassent en qualité ses analyses sur la communication politique, et c’est à l’une de ses dernières productions que j’aimerais répondre en toute amitié.

 

Dans un article récent (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/229001-et-si-le-patron-d-euro-rscg-ignorait-que-twitter-allait-tuer-le-conseil-en-communication.html), Bruno Roger-Petit tire une conclusion assez définitive  des propos maladroits de trois communicants chevronés : Twitter pourrait venir à bout du conseil en communication, car cet outil nous fait entrer les acteurs dans « l’ère du ‘personal branding’ journalistique, de la transparence et de la relation directe ». D’où la réticence des anciens du métier devant cette arme de destruction massive.

 

Cela m’inspire une série de réflexions :
Ne misons jamais trop sur les effets intrinsèques d’un outil mais interrogeons ses usages. Twitter offre pour ses utilisateurs politiques une caisse de résonnance complémentaire, jamais exclusive ni unique. Nadine Morano dit plus sur elle-même en 140 signes que Lionel Jospin en une heure d’interview. Oui, c’est sans doute attristant. Oui, cela invite à juger sévèrement notre époque... Mais Twitter ne change pas la donne, il fait éclore l’égo des uns et signale les inhibitions sociales ou professionnelles des autres. C’est un indice de vérité, pas forcément une vérité en soi.


- La relation directe n’est pas née avec Twitter. D’ailleurs, la relation directe entre une personnalité (patron, politique, etc.) et un journaliste ne tue pas le métier de conseiller. Au contraire ! Je fais partie de ceux qui pensent qu’un client devient un bon client le jour où il acquiert les bon réflexes, où il sait faire seul, où il se pose spontanément les bonnes questions sur sa communication. L’autonomie du client ne rend pas son conseiller inutile.


- Un bon conseiller est un guide, pas une attèle. La meilleure relation possible entre le conseiller et le conseillé est celle qui se limite à l’essentiel, pas au rôle d’entremetteur en chef permanent. Je prône un conseil plus fondé sur l’intelligence du message que sur celle de la relation.


- Les communicants cités dans l’article du « Monde » que mentionne Bruno Roger-Petit sont, pour certains, des utilisateurs fréquents de Twitter… mais c’est pour eux un outil de veille plutôt que d’expression publique ou personnelle. Rien de condamnable à cela (ils ne sont d’ailleurs pas les seuls), mais leur méconnaissance de l’outil n’est pas aussi profonde que leur inactivité de façade le laisserait penser. Leur défense paraît en effet corporatiste, mais elle aborde peu les questions de fond que soulèvent Twitter. La faute au journaliste qui les a interrogés ?


- Transparence. Twitter permet sans doute à beaucoup de petites vérités d’éclater plus vite, plus fort, et aux yeux d’une foule d’initiés. Il s’agit encore d’une transparence qui porte sur les relations entretenues par les uns et les autres et qui s’attaque effectivement au mauvais « off », celui dont on se plaint qu’il apparaisse au grand jour alors qu’il est conçu pour ça.

Mais ces petites vérités font long feu. Elles émergent et meurent car l’environnement les rend socialement acceptables. Sans doute plus que celles que révèlent à force d’investigation les journalistes traditionnels des médias papier et en ligne sur les petites et les grandes affaires d’Etat qui ne font plus scandale. Twitter ne leur est pour l’instant d’aucune aide. Hélas.


- Enfin, je partage certainement avec Bruno Roger-Petit cette opinion sur Twitter : ni fascination, ni détestation.

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