Pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas besoin d’annoncer sa candidature

Publié le par blogduconseiller

Les faux mystères m’ont toujours surpris. Et même un peu inquiété. « Annoncera-t-il sa candidature fin mars, in extremis, à la Mitterrand ? Prendra-t-il l’opinion par surprise en janvier en devançant le calendrier prévu, juste après le sommet social ? » Comme si la candidature de Nicolas Sarkozy n’était pas certaine. Comme si le doute subsistait auprès du public et des relais d’opinion. Mais surtout, comme si l’opinion se souciait un instant de la forme que prendrait son annonce officielle et du moment que le président choisirait pour le faire !

A la différence des présidentielles d’antan, les Français sont désormais bien habitués à l’exercice, rodés à ses règles et préparés à ses multiples hypothèses : qu’un président se représente, qu’il gagne, qu’il perde, qu’il soit fragilisé par la concurrence son propre camp, qu’il rate la marche du premier tour… Après huit scrutins depuis 1965, nous savons que le champ des possible est bien large lors d’une présidentielle.

 

Voici les trois raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de « devenir candidat » :

 

1.       Annoncer sa candidature ne revêt plus du tout la même importance qu’autrefois. Hier, l’annonce de candidature signifiait l’entrée en campagne du candidat, et le faisait accéder au statut officiel de candidat. Aujourd’hui, vous pouvez affirmer vingt fois que vous le serez, avant de donner rendez-vous plusieurs mois plus tard autour d’une mise en scène de votre goût. Hervé Morin, François Bayrou et Dominique de Villepin ont joué de cela cette année, comme Manuel Valls l’a fait dans la perspective des primaires citoyennes d’octobre. La répétition tue l’effet de surprise et réduit la tension exercée par une candidature, mais elle la « naturalise » et la rend évidente dans l’opinion.

A l’inverse, la scénographie de Nicolas Sarkozy réside dans le spontané-maîtrisé. « Je ne mets plus rien en scène mais je montre que je ne laisse jamais le hasard décider pour moi. » Dès lors, l’annonce officielle de candidature de Nicolas Sarkozy pourra bien passer inaperçue. Il y a d’ailleurs peut-être intérêt. Je rappelle que celle de 2007 (une interview en presse quotidienne régionale) avait paru aussi simple que naturelle.

 

2.       La deuxième raison, c’est que Nicolas Sarkozy n’a jamais vraiment cessé d’être candidat, et de soumettre au jugement immédiat de l’opinion. Sans nous faire les juges de ce choix, notons que cela a une conséquence pour 2012. L’entrée officielle en campagne de Nicolas Sarkozy ne marquera pas une rupture dans le jeu politique. La tension sera probablement très faible, bien plus faible que lorsque François Mitterrand avait enfin annoncé sa candidature en mars 1988. Cette continuité entre le président et le candidat pose un problème : elle ne devrait pas permettre à Nicolas Sarkozy de profiter d’un rebond immédiat dans les enquêtes d’opinion, alors que François Hollande et François Bayrou en ont récemment bénéficié. La tension, indispensable pour générer l’attention de l’opinion et recentrer le jeu politique sur soi, naîtra donc d’autre chose que de son annonce de candidature. A suivre.

 

3.       Lorsque le président était encore candidat (2007-2009), on ne voyait que le candidat. A mesure que mai 2012 se rapproche, on ne voit plus que le président. C’est un effet d’optique lié au rapprochement d’une séquence concurrentielle (l’élection) et à l’éloignement de la séquence d’exercice du pouvoir. En somme, sans rien changer véritablement, nous croyons voir un président encore-candidat devenir un candidat toujours-président. Les commentaires aussi nombreux que dépourvus d’originalité sur la « représidentialisation » de Nicolas Sarkozy en sont la marque (et la prophétie auto-réalisatrice).

Au final, pour être parfaitement candidat, Nicolas Sarkozy devra être pleinement président, jusqu’au bout. Le candidat ne surprendra pas, mais c’est le président qui détonera, de janvier à mai. On lira alors : « Ce Sarkozy n’a jamais été autant président qu’aujourd’hui. »

 

Mes amis éditorialistes m’amusent en tête-à-tête, mais ils m’ennuient quand je les lis. En cette courte période de calme avant la tempête de janvier-mai, puissent-ils se dire que les analyses au kilomètre sur le timing d’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy sont peut-être vaines.

 

 

 

 

Commenter cet article